Fertiliser les prairies : un levier stratégique pour la performance des systèmes fourragers
Redonner à la prairie sa place de culture à part entière
Souvent considérées comme des zones secondaires ou autosuffisantes, les prairies sont en réalité au cœur de la durabilité et de la rentabilité des élevages. Elles constituent une ressource fourragère majeure, conditionnent l’autonomie alimentaire et influencent directement la santé des troupeaux ainsi que la productivité en lait et en viande. Pourtant, leur gestion agronomique est parfois traitée comme secondaire, et leur fertilisation trop générique — voire négligée.
Or, la prairie est bel et bien une culture à part entière. Elle puise des éléments nutritifs dans le sol pour produire de la biomasse et nécessite donc un retour raisonné de ces éléments, comme toute autre culture. Cette approche est d’autant plus essentielle aujourd’hui que les systèmes doivent conjuguer efficacité, sobriété et adaptation aux contraintes économiques et climatiques.
Un contexte nutritionnel en évolution : l’exemple du soufre
Parmi les éléments clés à considérer, le soufre illustre parfaitement les enjeux d’une fertilisation raisonnée. Autrefois apporté indirectement par les retombées industrielles, il se fait aujourd’hui plus rare dans l’environnement. Certaines prairies se trouvent ainsi exposées à des carences, notamment sur sols sableux ou peu profonds, ou après des hivers pluvieux entraînant un fort lessivage.
Le soufre joue pourtant plusieurs rôles essentiels dans la nutrition des prairies : il stimule l’activité microbienne responsable de la minéralisation de la matière organique, favorise l’assimilation de l’azote grâce à un effet de synergie, protège les nodosités fixatrices d’azote chez les légumineuses et contribue à la qualité protéique des plantes — notamment par la synthèse de la méthionine, un acide aminé essentiel pour les ruminants.
Prendre en compte ces déséquilibres potentiels dans les plans de fertilisation permet d’optimiser l’utilisation de l’azote appliqué, tout en améliorant la densité nutritionnelle des fourrages récoltés ou pâturés.
Adapter les pratiques pour sécuriser le rendement et la valeur nutritive
Fertiliser une prairie, c’est répondre à plusieurs objectifs agronomiques simultanés qui déterminent la performance globale du système fourrager.
Il s’agit d’abord de sécuriser les rendements en évitant les phases de stagnation ou les repousses inégales après la coupe ou le pâturage. Une fertilisation adaptée contribue ensuite à maintenir la qualité nutritionnelle du couvert — essentielle pour limiter les compléments et assurer une bonne ingestion. Elle permet également de maximiser l’utilisation des nutriments présents dans le sol, en particulier l’azote, en réduisant les pertes par volatilisation ou lessivage. Enfin, elle soutient l’équilibre botanique de la prairie, en évitant la dominance d’espèces fourragères moins intéressantes.
L’objectif n’est donc pas d’intensifier à tout prix, mais de gérer finement une culture souvent perçue comme passive — alors qu’elle peut parfaitement s’intégrer à un modèle de production durable et optimisé.
Une expertise terrain pour ajuster les pratiques
Sur le terrain, les conseillers techniques de TIMAC AGRO constatent un réel potentiel d’amélioration. Sur de nombreuses exploitations, de simples ajustements basés sur des analyses de sol, des observations de la flore ou des diagnostics foliaires permettent de mieux valoriser les cycles de coupe et d’accroître la longévité des prairies conduites.
Par exemple, sur certaines fermes d’élevage en région bocagère, un accompagnement agronomique réalisé en fin d’hiver a permis d’anticiper une carence en soufre avant l’apparition des symptômes visuels. La mise en œuvre d’un apport ciblé, adapté aux conditions pédologiques et aux pratiques de pâturage, a favorisé une meilleure repousse végétative dès la première coupe et une valeur fourragère plus stable tout au long de la saison.
Au-delà de l’apport d’engrais, c’est toute la stratégie de conduite de la prairie qui peut être optimisée grâce à une compréhension conjointe des besoins du sol, de la plante et de l’animal.
